Menu

Céramique ou Poterie ? Guide rapide pour connaître l'essentiel

978 Vues 10 "J'aime"

Ce guide vous aide à mieux connaître les différentes techniques de poterie et de céramique. En effet, on a tendance à tout confondre, et l’on se perd souvent parmi toutes les propositions existantes. Voici les principaux points abordés pour vous apporter quelques explications :

  1. Sémantique et origines
  2. Les étapes de fabrication
  3. Les différentes techniques de fabrication
  4. La poterie provençale traditionnelle 

Sémantique et origines

Avant tout, sachons différencier (ou pas) la ceramique et la poterie. Peut-on utiliser indifféremment l’un ou l’autre terme dans tous les cas ? En réalité, la réponse n’est pas si tranchée, car les deux significations se confondent la plupart du temps.

Sémantique

Le mot céramique est issu du grec « keramos » qui signifie « argile ». Il est employé pour tout objet fabriqué à base de terre cuite, ou plutôt de mélanges de terres, quelle que soit la technique. Mais le mot va au-delà de la désignation d’un objet, puisqu’il suggère le savoir-faire des métiers travaillant la terre cuite (potier et céramiste).

Le mot poterie, quant à lui, vient probablement du latin « potus » qui désignait un contenu liquide, une boisson. Par extension, il s’est appliqué au contenant. Aujourd’hui la poterie désigne aussi bien le matériau issu d’une technique que l’atelier de fabrication, et même l’objet lui-même. On dira, par exemple, « une poterie de terre cuite ».

On pourrait dire que la poterie et la céramique sont des synonymes, mais si les deux concepts sont très proches, il y a une différence ténue. La céramique reste un terme plus générique, qui contient la notion de poterie. Elle sera plus souvent associée à d’autres dimensions, comme la fabrication industrielle ou la création artistique. La poterie est plus souvent associée à un exercice artisanal ou un métier d’art.

Les origines

Les origines de la céramique sont très anciennes, elles datent de la préhistoire. Les hommes auraient commencé à façonner dans leurs mains des statuettes en argile. Puis, en constatant la solidité apportée par la cuisson au feu, ils auraient peu à peu conçu des objets utiles à leur quotidien.

De là sont nés les pots, jarres, cruches, amphores et autres contenants que l’on peut voir dans les musées d’art antique. Depuis toujours, la céramique est à la fois utilitaire et décorative, liée aux arts et aux cultures. La céramique peut être considérée comme un art du feu. 

Les étapes de fabrication communes à toute céramique

Le matériau : la terre

Avant toute fabrication, il faut un matériau, la pâte ou boule de terre : pour la céramique, c’est un mélange de terres, argile, marne, silice additionnées d’eau et de cendres ou de feldspaths pour obtenir une pâte. Celle-ci a certaines caractéristiques suivant la quantité d’oxydes naturellement contenus dans certaines terres, et les différents dosages de matières ajoutées.

Le façonnage

Quand la pâte a reposé quelques semaines, il faut lui donner une forme. L’étape du façonnage peut être réalisée suivant plusieurs méthodes pouvant se combiner.

Le modelage, par pression des doigts sur la matière, peut être associé au montage « au colombin », sorte de long boudin moulé à plat avec la paume des mains. Le tournage, méthode la plus connue, est utilisé pour réaliser des pièces cylindriques ou rondes sur un tour de potier.

L’estampage consiste à appliquer l’argile à l’intérieur d’un objet pour lui faire prendre sa forme. Le montage à la plaque est dédié aux formes géométriques (carrés, rectangles). Enfin, le moulage consiste à utiliser un moule en plâtre pour donner à la pâte une forme spécifique.

Dans certains cas, il existe une étape intermédiaire de décoration entre le façonnage et l’étape suivante. Donnons l’exemple du décor « sgraffité ». Le sgraffite est une technique de décoration sur céramique qui se fait en entaillant l’argile encore malléable avec un outil pour obtenir un dessin comme gravé. Exemple de décor sgraffité : La poterie culinaire de Vallauris.

poterie culinaire de vallauris sgraffito

Le séchage

A l’état naturel, l’argile contient de l’eau. C’est une matière très absorbante. Il est impératif de la faire sécher une fois mise en forme et avant cuisson. Le séchage se fait sans artifice, simplement par exposition de la poterie à l’air libre pour éviter les accidents de cuisson.

Le temps de séchage dépend essentiellement de l’humidité de l’air ambiant, elle-même liée à la météo. Le résultat obtenu à cette étape est le tesson.

poterie-ceramique-tesson

La décoration

Plusieurs techniques, là encore, peuvent être employées pour donner un décor à une poterie. Pour ce faire, il est possible de recouvrir la pièce de différentes substances qui servent à la colorer ou à la rendre imperméable. L’engobe est une couche de terre liquide colorée, la glaçure ou émail est une vitrification apportant brillance, dureté ou décoration. Suivant les techniques de céramique, l’étape de décoration peut se faire en plusieurs fois.

La ou plutôt les cuissons

poterie-ceramique-cuisson

La cuisson est indispensable pour rendre la terre solide et la transformer en objet de céramique. En général, il faut deux cuissons dans un four de céramiste.

Une première tendant à ôter l’eau contenue dans la pâte, assez rapide. C’est le « dégourdi ».

La seconde, plus longue, se fait entre 900 et 1320° selon la technique, et fixe le tout avec le décor. Une troisième cuisson est opérée s’il s’agit de faïence « petit feu » ou de porcelaine avec décor. 

Quelles sont les différentes techniques de la céramique ?

Il existe six grandes catégories de techniques qui se différencient les unes des autres par les types de terre utilisées, les revêtements ou vernis appliqués, le temps de cuisson et le nombre de cuissons.

terres cuites

Si on cuit l’objet façonné dans l’argile sans appliquer de revêtement, on obtient une « poterie de terre cuite ».

C’est le cas, par exemple, des tuiles de toit, des briques de construction, des tomettes provençales pour les sols (objet en terre cuite brute).

La terre vernissée

Elle est travaillée à base d’argile. Elle est recouverte partiellement ou complètement d’un engobe, soit incolore, qui laisse apparaître le ton naturel de la terre, soit de couleur.

On rajoute sur l’engobe une couche d’émail pour obtenir un aspect vitrifié. C’est ce que l’on appelle les terres vernissées. Elles nécessitent deux cuissons.

poterie-ceramique-terre-vernissee

La faïence

La faïence est une technique originaire d’Italie, qui a pris le nom de la ville Faenza. La terre utilisée est un mélange d’argile, de sables, de feldspaths et de potasse.

Elle est cuite une première fois à plus de 1000° (dégourdi), puis recouverte d’un engobe opaque blanc à base d’étain.

Une seconde cuisson dite « grand feu » est appliquée au tesson émaillé aux alentours de 1300° donnant ce que l’on appelle le « biscuit ».

Puis, le décor subira dans certains cas une troisième cuisson « petit feu » pour fixer les détails et couleurs. La faïence reste cependant, comme la terre vernissée, une matière poreuse moins dure que le grès ou la porcelaine.

poterie-ceramique-faience

Le grès

Le grès se compose d’argile avec une grande quantité de silice dite « argile grésante ». La pâte se cuit à haute température et se vitrifie à 1280°.

Sans ajout de vernis, elle devient imperméable, ce qui est particulièrement intéressant pour contenir tous les liquides. Le résultat est d’une couleur foncée grise ou marron tirant sur le noir.

On peut ensuite jouer sur la couverte et rajouter des oxydes pour obtenir des couleurs. Par exemple, le cas de ce vinaigrier, ici coloré en marron sur la partie haute vernissée, et laissé en ton naturel sur la partie basse

vinaigrier-en-gres-de-vallauris

La porcelaine

Originaire de Chine (XIIème siècle) et connue depuis le XVème siècle en Europe, la porcelaine est travaillée à base de feldspaths, kaolin et quartz. Ces matières donnent une consistance dure et fine, beaucoup moins poreuse que la faïence.

Plusieurs cuissons sont nécessaires pour obtenir dans un premier temps le dégourdi de porcelaine. La glaçure se fait par trempage ou par projection. Les décorations sont peintes à la main ou appliquées par sérigraphie.

La dernière cuisson à très haute température (jusqu’à 1400°) a pour effet de mêler l’émail à la matière support pour obtenir une porcelaine dure. Elle est largement utilisée en art de la table.

Le raku

C’est une technique orientale utilisée par les japonais pour la cérémonie du thé. La particularité se situe au moment de l’émaillage dont la cuisson doit monter en température lentement.

Lors de la cuisson de la glaçure, les céramiques sont sorties du four à l’état d’incandescence et sont de suite recouvertes de paille ou de sciure pour arrêter la combustion. Il s’agit de l’enfumage, la fumée se fixe sur la surface en créant des dessins craquelés.

Les couleurs sont fonction des oxydes rajoutés selon le résultat voulu par l’artisan. Chaque résultat est unique et aléatoire. 

Les poteries provençales traditionnelles

En Provence, certaines techniques sont très pratiquées depuis longtemps et leurs productions font partie de la vie quotidienne.

Les terres vernissées et les faïences provençales sont les artisanats les plus représentées dans la région.

Le grès les a rejoints lorsque ses qualités techniques étaient plus appropriées (ex : pour les liquides), mais n’a pas la même empreinte dans la culture et la vie du pays.

Sans remonter à l’Antiquité, voici ci-après les principaux lieux de production depuis au moins le XVIIIe siècle, d’est en ouest.

Vallauris (Alpes Maritimes)

La terre argileuse de Vallauris était abondante et fournit durant des siècles la matière première à des centaines de fabriques familiales ou plus importantes.

L’activité potière battait son plein au XIXème siècle depuis très longtemps, grâce notamment à la poterie culinaire en terre vernissée très réputée qui s’exportait par la mer. Le décor jaspé était une spécialité de la poterie de Vallauris.

Puis elle déclina comme partout ailleurs à cause du progrès et de l’industrialisation. La renaissance de la poterie de Vallauris eu lieu dans les années 60 grâce à Picasso, qui attira d’autres artistes dans la ville. Dès ce moment, la poterie de Vallauris a pris une dimension artistique très en vogue à l’époque.

Aujourd’hui, les vrais artisans potiers s’y font rares, et la poterie culinaire traditionnelle a presque disparu. Les céramistes d’art sont toutefois encore présents.

poterie-culinaire-de-vallauris

La faïence de Moustiers, de Varages et le Vieux Marseille

Au XVIIème siècle, un ecclésiastique venant de Faenza introduisit l’art de la faïence à Moustiers Sainte Marie : sa situation géographique était propice à l’utilisation d’eau et de bois en grande quantité.

On produisit de la vaisselle, des plats, des urnes, des vases, finement décorés sur fond vernissé blanc, destinés à la noblesse. Les lieux de fabrication de la faïence provençale étaient principalement centrés sur Marseille, Moustiers et Varages, autre village du Haut Var, puis s’étendit à Apt.

Aujourd’hui, Moustiers compte encore beaucoup d’ateliers faïenciers et artisans d’art qui perpétuent cette activité de tradition. Varages, moins connu du grand public, attire toujours une clientèle de connaisseurs.

Les faïenceries de Marseille ont hélas disparu après la Révolution Française.

coupe-en-faience-de-moustiers

La faïence d’Apt (Vaucluse)

Apt est également une ville majeure de tradition potière en Provence. On sait que la ville vauclusienne jouissait de présence d’argiles et d‘ocres exploitées depuis l’Antiquité.

Le XVIIIe siècle a vu se développer la technique de la faïence (à Moustiers et à Marseille) lorsque les ors et argenteries de la noblesse avaient été fondus pour financer les guerres.

La technique récemment découverte permit d’éblouir la cour royale avec des poteries ornementales de style baroque.

La particularité des faïences d’Apt réside dans le mélange des terres dans la masse lors du façonnage, ce qui donne différentes couleurs superposées créant un décor original. On les appelle les terres mêlées.

poterie-ceramique-en-terre-melee

Les terres vernissées d’Aubagne (Bouches du Rhône)

Aubagne, à l’Est de Marseille, est un haut-lieu de la poterie, notamment grâce à la présence de la rivière Huveaune. Quelques grandes fabriques familiales subsistent encore, comme la poterie Ravel, spécialiste des grandes jarres, ou les établissements Sicard, créateur de la fameuse cigale. Beaucoup de santonniers sont aussi installés dans la ville natale de Marcel Pagnol. Chaque été, la ville organise un marché géant sur le thème de la céramique.

On y trouve des fabrications de terre cuite (par exemple, les véritables santons de Provence) et de terre vernissée. Mais rares sont de nos jours les potiers qui fabriquent encore les taraïettes, (du provençal tarraieto) petites poteries culinaires miniatures que l’on donnait aux enfants comme des jouets. Elles font l’objet de la plus ancienne foire de Marseille, la foire de la Saint Jean où les taraïettes sont associées aux tresses d’ail.

santons-de-provence-en-ceramique

Dieulefit (Drôme)

En Drôme provençale, Dieulefit est aussi une ville potière depuis des siècles. Sa situation géographique a probablement favorisé le développement de cet artisanat avec la forêt et le Rhône à proximité. Il fallait en effet de l’eau pour le mélange des terres, et du bois pour les cuissons des poteries au four.

La production est centrée sur la poterie vernissée d’utilité quotidienne, comme à Saint Quentin, ou plus récemment la céramique d’art. L’activité potière repose sur quelques dizaines d’artisans qui font la renommée de la ville.

Saint Quentin la Poterie (Gard)

C’est un village du Gard situé entre Alès, Orange et Nîmes, dont le métier de la poterie est très ancienne. Elle remonte au Moyen-Age, et a perduré jusqu’au début du XXème siècle. Les fabrications étaient réalisées pour l’usage au quotidien : contenants et poterie culinaire, casseroles, toupins, en terre vernissée simplement colorées en jaune, sans plus de décor. Cet artisanat se vendait sur les marchés du sud de la France.

Puis l’activité céramique connaîtra le déclin comme beaucoup de villages potiers, suite à l’évolution technique. Puis la vocation première du village commence à renaître dans les années 1980. Les potiers se réinstallent progressivement à Saint Quentin et sont aujourd’hui quelques dizaines à ré-explorer cet art populaire à l’origine, qui tend à devenir une activité artistique à part entière.

Anduze et ses fameux vases (Gard)

Aux portes des Cévennes, Anduze a abrité un artisanat plutôt atypique dès le XVIIIe siècle, puisqu’il s’agit de poterie ornementale, et non utilitaire. Les vases d’Anduze sont nés grâce à une famille de potiers qui avaient trouvé le moyen de protéger les orangers très à la mode sous Louis XIV.

Les vases aux dimensions géantes, qui furent fabriqués à Anduze pour la première fois, offraient la possibilité de déplacer les arbustes dans une orangerie couverte et abritée des gelées. En terre vernissée et sur pied, leur forme caractéristique plaît encore aujourd’hui.

On voit bien que la céramique provençale s’articule autour de deux techniques : la terre cuite vernissée, et la faïence. La première, plus populaire, avait une destination utilitaire jusqu’au XXème siècle, puis est devenue source de création. La seconde, plus raffinée, s’adressait à la noblesse. Elle s’est démocratisée, et se décline toujours en art de la table et décoration.

Laissez un commentaire

Derniers articles